Terrio : remettre la terre au cœur de la construction

Terrio, startup spécialisée dans la construction en terre crue, vient d’annoncer une augmentation de capital d’un million d’euros. Deux ans après sa création, l’entreprise passe à la vitesse supérieure pour participer au développement de cette filière d’avenir.

Le choix des bons matériaux est un enjeu majeur dans la poursuite d’un secteur de la construction plus vertueux.

Les solutions pour décarboner semblent pourtant déjà exister. Le futur de la construction n’est ainsi pas forcément synonyme de matériau high-tech, mais peut-être d’un matériau presque oublié.

 

C’est lors de la rénovation d’une maison au nord de Lyon que Bastien Neufeind allait se confronter pour la première fois à la terre. Dans la région, 40 % du bâti ancien est en pisé.  C’est donc la redécouverte de ce matériau aux nombreuses propriétés qui allait servir de point de départ à la création de Terrio avec Vincent-Pierre Freudenreich comme co-fondateur.

 

Mission séduction

« On utilise une ressource qui est habituellement considérée comme un déchet, explique ce dernier. Qui émet très peu de carbone et qui permet de conserver la fraîcheur à l’intérieur du bâtiment. »

Les avantages sont donc nombreux, mais l’adoption n’est pourtant pas aussi rapide que l’enjeu environnemental pourrait le demander.

« Il y a un sujet de confiance, commente Vincent-Pierre, CEO de Terrio. Le mythe des trois petits cochons à la vie dure et il faut redonner de la confiance dans ce matériau. Il faut remontrer la terre. »

Depuis deux ans, les deux co-fondateurs sont donc dans une mission séduction auprès des maîtres d’ouvrage pour réussir à les convaincre de donner sa chance à ce matériau.

 

Si Terrio peut déjà se targuer d’avoir livré quelques gros chantiers, avec par exemple une façade autoporteuse sur 4 étages à Boulogne-Billancourt, la startup souhaite aussi multiplier les petits projets. L’avantage est double : non seulement les cycles de décision sont beaucoup plus courts, mais ils permettent aussi à de nombreux acteurs de la construction de se réapproprier ce matériau :

« On est aussi sur des locaux annexes : un local à vélo, à poussette, une cuisine partagée, etc. On cherche à réaliser des projets qui sont répétables pour faire en sorte d’installer une filière stable. On a envie de pousser la filière terre, d’être moteur pour contribuer à son développement. Et on doit maintenant entrer dans une logique d’industrialisation. »

 

Développer la filière

C’est donc aussi pour ce passage à l’échelle que Terrio vient d’annoncer avoir réalisé une levée de fonds d’un million d’euros, notamment auprès d’Urban Odyssey et de Spurgin.

« On a rejoint le startup studio Urban Odyssey en juin 2022. Dès l’intégration, la volonté affichée était d’explorer la piste d’un investissement, mais les choses ont pris le temps de maturer. Je trouve ça extrêmement rassurant Cela nous a permis d’apprendre à se connaître et à travailler ensemble avant de mettre en place le projet d’investissement. On a appris à connaître la posture d’Urban Odyssey qui est vraiment dans une logique de prendre des participations minoritaires pour contribuer aux développements d’une filière. Ils ont bien compris qu’une entreprise ne pouvait pas avoir qu’un seul client et il n’y a donc aucune logique d’exclusivité. Pour Terrio, Urban Odyssey a été un partenaire opérationnel avec des mises en relation avec les équipes techniques et une recherche de projets avant même la logique d’investissement. »

De l’autre côté, Spurgin se présente comme un industriel qui, comprenant le besoin de décarbonation de l’industrie, cherche à améliorer ses produits et ses process pour le réduire quand cela est possible.

 

Le bon matériau au bon moment

Terrio ne se positionne ainsi pas dans une opposition frontale avec la construction en béton puisque le terre crue à d’autres propriétés très différentes. 

« Ne crachons pas sur le béton, lance Vincent-Pierre Freudenreich, CEO de Terrio. Le béton armé est un matériau assez magique, aux propriétés exceptionnelles. Mais c’est un matériau dont les fonctions sont parfois étendues trop loin par simplicité alors même qu’il y a d’autres alternatives plus vertueuses. »

Terrio ne cherche donc pas à s’opposer à l’existant, mais milite davantage pour la complémentarité, avec l’idée qu’il faut utiliser le bon matériau au bon moment.

« On ne peut pas faire table rase du passé, explique-t-il. On cherche à voir comment travailler ensemble, comment coopérer… parce que c’est comme ça que le bâtiment évolue. »

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